Mission archéologique française en Libye dirigée par Vincent Michel (HeRMA / Université de Poitiers) avec la collaboration, au sein d'HeRMA, de Jean-Sylvain Caillou (Institut français du Proche-Orient), de Loïc Mazou (HeRMA), Elsa Bergès, Mustafa Saleh, Zainb Sultan (doctorants d'HeRMA).

Au sein d’HeRMA, en collaboration avec le Centre de Recherche sur la Libye Antique (CERLA- Paris-Sorbonne) et sous l’égide de la mission archéologique française en Libye, la recherche porte principalement sur l’étude de deux sites : Apollonia (J.-S. Caillou) et Érythron-Latrun (V. Michel) situés en Cyrénaïque.

La mission française présente depuis 1954 en Libye a été dirigée successivement par Pierre Montet, François Chamoux, André Laronde et depuis 2011, par Vincent Michel. Le Printemps Arabe de 2011 a rendu difficile les missions de terrain ; seule une mission en 2012 a été possible. Depuis lors, les travaux archéologiques se sont reportés sur l’étude du matériel, l’organisation de formations en Libye et en France (archéologie préventive, conservation préventive, restauration de la mosaïque, musée) et l’organisation de projets franco-libyenne (projet de réhabilitation du musée national de Tripoli, réhabilitation des réserves archéologiques de la mission française à Apollonia, restauration de la basilique occidentale de Latrun) permettant de maintenir des liens étroits entre nos deux pays.
Toutefois, deux chantiers en Cyrénaïque s’inscrivent dans cet axe de recherches :

Apollonia-Sôzousa

Dans ce port de la principale colonie grecque d’Afrique, Cyrène, la reprise des fouilles par J.-S. Caillou a cherché à mettre en évidence toutes les phases d’occupations entre sa fondation en 631 av. J.-C. et son abandon vers 642 apr. J.-C. Son but était de déterminer les changements urbanistiques, en particulier ceux qui illustrent le passage d’une bourgade à une ville de plan hippodamien. Grâce aux découvertes significatives déjà réalisées dans les domaines religieux et artistiques, les confluences méditerranéennes et les particularismes cyrénéens d’Apollonia commencent à apparaître.

Latroun-Érythron

Depuis 2001, V. Michel a pour objectif l’étude de l’évolution d’un village cyrénéen depuis l’époque hellénistique jusqu’à l’arrivée des musulmans à partir de ses principales composantes (habitat, zones de production, bâtiments publics [thermes, églises], zone de nécropole, voirie). Il s’agit de comprendre comment, à partir d’un nucleus centré sur un pyrgos d’époque hellénistique, l’agglomération s’est développée aux époques romaine et byzantine. Cette étude est complétée par l’analyse du mobilier céramique menée par L. Mazou. L’intérêt de ce village est de conserver des témoins archéologiques intéressant trois époques : la naissance et la phase de colonisation durant la période hellénistique, son développement à l’époque romaine et son apogée à l’époque byzantine. Dans des conditions de conservation parfois excellentes, chacune de ces périodes est illustrée par des structures et des aménagements présentant une grande diversité de fonction qu’il s’agit d’inventorier, de relever et de fouiller : pour la période hellénistique des tombes et probablement un pyrgos, pour la période romaine, une nécropole, de grands thermes au cœur de l’agglomération transformés en une probable villa, un port de mouillage avec des entrepôts, la naissance d’un réseau urbain et pour la période byzantine, deux grandes églises, des entrepôts, des maisons, des citernes, des installations artisanales et domestiques…
Pour l’époque byzantine, après s’être intéressé à l’église étudiée dans sa globalité architecturale et liturgique mais sans contexte et sans racine, nos recherches, permettent de replacer l’église dans un « cadre de vie » plus large et dans son contexte environnemental. L’église n’a d’intérêt que d’être au service d’une population et d’une communauté en s’insérant à l’intérieur d’une agglomération dont il fallait préciser et comprendre tant les contours que les différents éléments constitutifs. La logique des recherches est donc l’élargissement progressif du champ d’étude, passant de l’église proprement dite au complexe ecclésiastique, puis de cette notion de complexe à son environnement rural et urbain.
Les études portant sur le monde rural ne sont qu’à leur début car il a longtemps souffert d’un manque cruel d’intérêt de la part des chercheurs, préférant le monde urbain et ses vestiges prestigieux et monumentaux, délaissant ainsi les villages et leurs installations. Aussi, en milieu villageois, la naissance et l’évolution des agglomérations sont mal connues en l’absence de fouilles et de prospections en profondeur des campagnes. Cette tendance semble toutefois s’inverser de nos jours, la curiosité prenant la suite du désintérêt, au moins grâce au développement de nouvelles problématiques. La critique textuelle ainsi que les explorations de terrain permettent de prendre conscience qu’à côté des cités, les villages ont connu une croissance sans commune mesure, grâce à l’essor de leur puissance économique, infirmant l’opinion générale tenace qui ne voyait qu’une région en plein déclin. On assiste au contraire durant tout le Bas-Empire, à un déplacement de la richesse et de l’activité de la ville vers la campagne. Cette prospérité continue est indiquée par une activité édilitaire très importante, grâce à une économie active basée sur l’agriculture qui atteint son apogée au cours des Ve et VIe siècles. Cette situation aboutit notamment à créer un phénomène complexe où la traditionnelle distinction entre village et ville est moins nette. En milieu rural, la christianisation de la Cyrénaïque est un domaine encore trop peu étudié ; elle apparaît pourtant tôt, au cours du IIe siècle, et se développe progressivement entre le IVe et le VIIe siècle, faisant apparaître une grande quantité d’églises de campagne à l’architecture souvent soignée et au décor parfois plus riche et varié que les églises de cités.

 

Principales productions scientifiques

Thèse en cours : Zainb Sultan, Les symboles et les signes en Cyrénaïque dans l’antiquité et au Moyen Âge.

Thèse en cours : Mustafa Saleh, La Cyrénaïque à l’époque des Ptolémée (du 221 au 96 av. J.-C.).

• Michel V., « Étude comparative : l’action scientifique et diplomatique face à la crise libyenne (depuis 2011) », Dossier Débats Casa de Velázquez : La Libye et la France, 2020, p. 358-365 [en ligne].

• Michel V., « Leptis-Magna – die stadt, die es mit Rom aufnehmen wollte », p. 90-97, in Von Mossul nach Palmyra, eine virtuelle reise durch das weltkulturerbe, 2019, Bonn.

• Michel V., Commission des fouilles du Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères, Mission archéologique française en Libye : rapports d’activités de la mission : 2015, 2016, 2017, 2018, 2019.

• Michel V.,  « Le monde rural et la christianisation en Cyrénaïque : élément de réflexion », Du culte au sanctuaire. L’architecture religieuse dans l’Afrique romaine et byzantine, F. Baratte, V. Brouquier -Reddé, E. Rocca, Orient & Méditerranée/ Archéologie n°25, Paris, 2018, p. 301-336.

• Michel V., « Érythron-Latrun, An exceptional coastal site on the shores of Cyrenaica », World Archaeology, 84, 2017, p. 24-30.

Thèse soutenue : Mazou L. : Les productions céramiques en Cyrénaïque septentrionale (IIe-VIIe siècle) : atelier, faciès, modèles, dir. P. Ballet, M. Bonifay, le 7/12/2016.

• Michel V. (dir), De Leptis Magna à Derna, de la Tripolitaine à la Cyrénaïque : travaux récents sur la Libye antique (Actes de la 2ème journée d’études sur la Libye antique et médiévale, Université de Poitiers & Institut du Monde Arabe, 2011), Collection Études Libyennes n°3,  Paris, juin 2016.

• Mazou L., « Une production d’Amphores Benghazi Mid Roman 8 à Apollonia de Cyrénaïque », Études Libyennes 3, Paris, 2016.

• Michel V.,  « L’activité récente de la Mission Archéologique Française en Libye pour l’Antiquité, 2007-2012 », Libya Antiqua Annual of the Departement of Antiquities of Libya, Vol. VI, 2016, p. 103-124.

• Caillou J.-S., « Un lot de figurines grecques découvert à Apollonia de Cyrénaïque », in Arthur Muller, Ergün Laflı (dir.), Figurines de terre cuite en Méditerranée grecque et romaine, Presses universitaires du Septentrion, 2015.