Production et consommation de la céramique en Cyrénaïque (Libye)

Touchant à la fois aux questions de production et d’acculturation, plusieurs dossiers portés par des recherches doctorales sont destinés à dresser un réseau de comparaisons pour l’Afrique nord-orientale, incluant les pays du Nil et la Cyrénaïque.

Les recherches céramologiques engagées en Libye, notamment en Cyrénaïque, en particulier dans le cadre de la thèse de doctorat de L. Mazou : Recherches sur l’espace libyque et sa culture matérielle durant l’antiquité, de l’époque romaine jusqu’aux premiers temps de la conquête arabe. Les productions céramiques: ateliers, faciès, modèles, sous la direction de P. Ballet et M. Bonifay s’inscrivent pleinement dans cette thématique. Les différentes problématiques abordées font partie intégrante des perspectives récemment développées par l’équipe de recherche sur les céramiques de la fin du Haut-Empire et de l’Antiquité tardive. L’étude du matériel céramique inédit des sites d’Apollonia et d’Erythron, déjà amorcée lors de la campagne de fouilles de 2009, puis de 2010 à 2012, a permis d’identifier et de définir les productions locales de ces deux sites et de préciser les jalons chronologiques.

La recherche céramologique menée à Apollonia et Erythron a mis en évidence des évolutions typologiques de la période romaine à la période byzantine, tout en essayant de comprendre les modes de consommation et de diffusion des productions locales. Les importations, quant à elles, paraissent occuper une place importante dans la consommation des deux établissements. Ainsi des liens avec l’Égypte, la Tunisie, la Tripolitaine et la Méditerranée occidentale sont aujourd’hui attestés.

Lors des campagnes de fouilles, près de 1200 échantillons de céramiques, regroupant des productions locales et des importations, ont été collectés sur les différents sites de Cyrénaïque et apportés en France. Cette collecte a fait l’objet d’un enregistrement sous la forme d’une base de données d’échantillons classés en particulier suivant la typologie, et le lieu de découverte. Elle a constitué une solide base documentaire sur laquelle un programme d’analyses des pâtes céramiques a été mis en place dans le but de caractériser les productions locales d’une part, et de tenter de retracer leur diffusion à travers la Méditerranée, d’autre part. Une partie des échantillons a été analysée par l’archéomètre Claudio Capelli, chercheur contractuel au laboratoire DISTAV de l’Université de Gênes (Italie), en collaboration avec le Centre Camille Jullian, MMSH-CNRS à Aix-en-Provence. Les analyses ont permis de confirmer les hypothèses émises au sujet des amphores Mid Roman 1 durant la campagne de fouilles de 2009. L’ensemble des échantillons d’amphores cyrénéennes – Mid Roman 1et Mid Roman 8 – analysés est de production locale.

En outre, un dépotoir d’atelier de potier, ayant produit notamment l’amphore de type Mid Roman 8, a été sondé en juin-juillet 2010, en bordure de la ville d’Apollonia, et une partie de son matériel a été étudié. Il constitue une des premières preuves de la présence d’une fabrication locale d’amphores Mid Roman 8 jusqu’alors mal connues en Méditerranée. Le matériel amphorique retrouvé dans le dépotoir était essentiellement constitué de déchets de production mêlés à de la cendre. Des échantillons de ces amphores ont également été analysés ce qui a permis de préciser leur caractère local.

Dans l’impossibilité d’accéder au matériel céramique libyen, une prospection de grande ampleur a été engagée auprès de chercheurs de l’ensemble du pourtour méditerranéen afin de suivre les traces des productions cyrénéennes sur les grandes voies de commerce maritime et terrestre. En collaboration avec les chercheurs français, italiens, polonais, turcs et anglais notamment, la diffusion des amphores Mid Roman 8 a pu être repérée le long de la vallée du Pô, de la Vénétie à Milan, en Aquilée, sur les côtes italiennes de l’Adriatique et à Ostie, ainsi que dans l’embouchure du Rhône et en Égypte. Les amphores cyrénéennes présentes dans ces régions (à l’exception de l’Égypte) ont été examinées par Claudio Capelli.

D’autres échantillons, que l’archéologue anglais John Riley s’était engagé à fournir afin de compléter et d’étendre les références sur les sites de Cyrénaïque, sont actuellement en cours d’étude et font partie d’un programme d’analyses lancé conjointement avec des chercheurs anglais, italiens et français. En 2014, ces archives ont été transférées à l’Université de Leicester au Royaume-Uni. La Society for Libyan Studies a aimablement permis le transfert d’une partie des échantillons en France, à Aix-en-Provence, et sont actuellement analysés.

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