Mobiliers en contexte

L’étude des mobiliers archéologiques en contexte de consommation, qu’ils soient à caractère civil ou sacré fournit des clés indispensables à la compréhension des modalités de fonctionnement des sociétés anciennes touchant des domaines aussi divers que les manières d’habiter, les pratiques alimentaires ou encore l’exercice de la piété.

Dans l’ouest de la Gaule, pour la période Ier av. J.-C. – VIIe s. ap. J.-C., plusieurs aspects de cette évolution sont pris en considération : l’instrumentum et les pratiques cultuelles (religieuses et funéraires), l’évolution des accessoires de la personne (parure, soins du corps) du Ier av. J.-C. au VIIe s. ap. J.-C. et leur fonction de marqueurs identitaires, culturels et sociaux.

Dans le cadre de l’ANR Oasis (Université de Limoges), une étude paléométallurgique (N. Dieudonné-Glad) sera couplée à une approche céramologique (P. Ballet) initiée en janvier 2010 sur le territoire de Deir (oasis de Kharga). Elle se déploiera selon trois orientations : définir les produits témoignant d’échanges entre le site de Deir et son terroir, mais aussi avec les régions limitrophes ou plus lointaines ; évaluer la place de l’établissement dans l’exploitation des pistes du désert occidental ; déterminer ses liens avec la vallée du Nil et le Soudan, aux époques ptolémaïque et romaine. Les prospections menées sur le territoire de Deir montrent en particulier tout l’intérêt, en milieu semi-désertique, d’une enquête spatiale de type extensif, dans la mesure où les occupations y ont connu un développement « horizontal » et non « vertical ». Pour cerner la chronologie des différents sites, la mise en place d’une typologie céramique est indispensable. L’équipe HeRMA est intervenue activement dans ce projet sur le terrain et par la formation des étudiants.

À Antinoopolis (Mission italienne, Istituto G. Vitelli), les recherches récentes engagées depuis 2012 par J. Heidel et l’inspectorat de Minia sur la nécropole nord d’Antinoopolis, renouvellent totalement l’approche des contextes funéraires et de leur mobilier à l’époque impériale, peu de temps après la fondation hadrianique de la cité. P. Ballet est associée, aux côtés de M. C. Guidotti, à l’étude du matériel céramique et des figurines de terre cuite, dont le nombre et la qualité renouvellent totalement le dossier des artefacts et de leur contextualisation.

Dans plusieurs régions de l’Empire romain, les ateliers de production métallurgique sont largement méconnus. Une approche possible de l’artisanat du fer passe par l’étude de la production à travers les objets mis au jour. Cette approche, typologique et technologique permet d’aborder la question des quantités de métal consommées mais aussi des savoir-faire des artisans travaillant à l’élaboration des produits finis.

Ces approches par site prennent toute leur cohérence par leur insertion dans le programme 413 de l’Institut français d’archéologie orientale (Le Caire) : Contextes et mobilier, de l’époque hellénistique à la période mamelouke. Approches archéologiques, historiques et anthropologiques (dir. P. Ballet et J.-L. Fournet, EPHE/Collège de France).

La thèse engagée par Y. Chevalier, « Le mobilier gréco-romain en Égypte dans son contexte archéologique. Étude comparative de deux terroirs : le Delta nord-occidental et la Grande Oasis » s’inscrit dans cette perspective. Elle concerne une étude de la culture matérielle de l’Égypte gréco-romaine, par le biais d’une analyse et d’une mise en perspective des mobiliers en contexte archéologique. Deux sites, appartenant à des territoires très différents, Bouto, dans le delta occidental, et Deir, dans l’oasis de Kharga, en cours d’étude et de fouille (HeRMA, Poitiers et CRIHAM, Limoges), fourniront le matériel de départ, et l’enquête comparative sera mise en place, à partir d’autres établissements également en cours de fouille ou déjà publiés. Il s’agit de dégager les composantes artisanales, économiques, sociales qui régissent l’acquisition et l’usage des objets du quotidien, d’en dégager les modalités, et de mettre en lumière la spécificité de l’environnement géographique, qui conditionne précisément les modes de consommation.

Cette recherche est articulée autour de deux projets animés par des enseignants-chercheurs du PRES Limoges-Poitiers-La Rochelle, unis par des échanges scientifiques réciproques, et par un projet PRES qui a été retenu pour 2013-2014 (« Culture matérielle et milieux dans l’Égypte tardive : étude comparative des sites de Bouto et de Deir. Histoire, Archéologie et analyse d’images »).

            Plusieurs études d’ensembles mobiliers provenant de sites du Centre-Ouest de la Gaule permettent de proposer un tableau des activités représentées par les objets en métal (alliage cuivreux), en matière dure animale et en matériaux précieux ou rares (ambre, lignites) dans différents contextes. Entre 2011 et 2015, d’autres travaux vont abonder les données, par exemple l’étude des mobiliers du sanctuaire du Gué-de-Sciaux (Antigny, Vienne) (publication prévue sous la direction d’I. Bertrand), de certains sites de la façade atlantique dont Barzan (Ch.-Maritime) dans le cadre du PCR « Le littoral entre Loire et Gironde de la protohistoire à la fin de l’Antiquité, exploitations, échanges » dirigé par Laurence Tranoy (université de La Rochelle), ainsi que l’étude du mobilier de l’agglomération de Rom (Deux-Sèvres), de celui du sanctuaire de La Chapelle Saint-Siméon à Jau-Dignac-et-Loirac (Gironde), de Drevant (Cher), de l’agglomération portuaire de Rezé (Pays-de-Loire), etc. L’objectif est d’obtenir une vision analytique de l’environnement matériel d’une zone géographique (cité, partie d’une province), de proposer des comparaisons entre les produits consommés par matériaux, par domaines fonctionnels, selon les différents contextes et époques, et d’évaluer les modes de consommation – ce tout en tenant compte de l’hétérogénéité des sources.

            Les sanctuaires constituent des espaces particuliers régis par des règles de consommation en accord avec les pratiques rituelles, du moins le sait-on en contexte grec. La prise en considération de la taphonomie des mobiliers aux seins des espaces sacrés (caractère entier ou fragmentaire, isolé ou regroupé, nature : céramiques, ossements animaux, restes végétaux, objets divers) autorise une approche archéologique des gestes accomplis lors des cérémonies religieuses, à confronter le cas échéant avec les données textuelles. Plus généralement, l’étude de ces mobiliers autorise une approche plus générale de l’économie des espaces sacrés, touchant au rayonnement des sites par la géographie de leur approvisionnement et aux pratiques alimentaires qui y avaient lieu. L’intervention de plusieurs membres de l’équipe HeRMA dans le cadre historique ou archéologique des sanctuaires protohistoriques et antiques en Méditerranée orientale et en Occident permet de proposer une approche comparative des pratiques liées aux espaces sacrés (Létôon de Xanthos en Lycie, sanctuaire protohistorique de Bessines (Deux-Sèvres), sanctuaire d’Antigny (Vienne).

            Enfin, les réflexions déjà amorcées au cours de deux journées d’étude en 2007 et 2009, l’une consacrée à la consommation du gibier, l’autre aux fruits, se poursuivront et donneront lieu au montage d’un projet d’étude sur les pratiques alimentaires des anciens. Associée à la problématique des échanges et du commerce, l’étude des produits alimentaires conduit à aborder des aspects plus spécifiques comme la notion d’altérité, lorsque les sites de consommation livrent des indices de consommation de produits exogènes, ceux de régions différentes, lointaines ou situées au-delà des mers. Une étude réalisée sur la notion d’exotisme associée à certaines denrées alimentaires (vins et fruits) a permis de faire émerger de nouveaux questionnements (LEMAÎTRE S., « Boissons et aliments exotiques en Gaule romaine. L’apport du mobilier amphorique », Archéopages 36, Exotisme, 2013, p. 28-35.), que nous souhaiterions développer dans les années à venir.

Le thème pourrait être abordé selon trois angles : le premier est lié aux produits consommés par les Anciens (du produit brut au produit élaboré) avec une approche pluridisciplinaire indispensable (archéologique, archéométrique, historique, littéraire) ; le deuxième s’intéresse plutôt aux espaces dévolus à la préparation et / ou à la conservation des aliments, qu’ils soient domestiques (présence d’aires de préparation alimentaire spécifiques : cuisines, foyer des maison laténienne, fours) ou artisanaux (boucherie, boulangerie) ; le troisième concernerait plus particulièrement les objets spécifiques liés aux préparations et / ou à la consommation (instrumentum) : passoire, faisselle, couteaux, chaudrons, broches, meules à grains. La vision développée se veut aussi diachronique, permettant une réflexion sur l’évolution des goûts. Les champs géographiques particulièrement vastes embrassés par les chercheurs de l’équipe autorisent des comparaisons inédites et originales, portant en germe les nouveaux questionnements de la recherche des prochaines années.

Pour d’autres types d’artefacts, les habitudes et les modes de consommation des productions manufacturées (alliages cuivreux, matières dures animales, …) sont des indicateurs de l’évolution des sociétés.

Dans l’ouest de la Gaule, pour la période Ier av. J.-C. – VIIe s. ap. J.-C., plusieurs aspects de cette évolution sont pris en considération : l’instrumentum et les pratiques cultuelles (religieuses et funéraires), l’évolution des accessoires de la personne (parure, soins du corps) du Ier av. J.-C. au VIIe s. ap. J.-C. et leur fonction de marqueurs identitaires, culturels et sociaux.

Dans le cadre de cet axe de recherche, il faut évoquer la présentation d’une communication : Quel statut pour les derniers occupants de la villa du Moulin de chez Bret à Jonzac (Charente-Maritime) ? avec K. Robin (CG17) dans le cadre du Colloque International de Poitiers (France), Les mobiliers archéologiques dans leur contexte, de la Gaule à l’Orient méditerranéen : fonctions et statuts,27-29 octobre 2014, Université de Poitiers, UFR Sciences Humaines et Arts.

Également, la publication à paraître en 2015 : Maguer (P.), Linlaud (M.), Bertrand (I.), Parure, éléments de serrure et autre mobilier métallique de l’établissement rural des Gains à Saint-Georges-lès-Baillargeaux (LTD1b-LTD2b) (Vienne, F) : morceaux choisis. In : Raux (S.) et al. dir., Actualité de la recherche sur les mobiliers non céramique de l’Antiquité et du haut Moyen Âge, actes des rencontres Instrumentum des 18-20 octobre 2012 à Lyon, Monographie Instrumentum 51.

Enfin, toujours dans cette optique, l’organisation en juin 2015, dans le cadre du Groupe de travail européen Instrumentum, sur l’artisanat et les productions manufacturées de l’Antiquité à l’époque moderne, de Rencontres internationales sur Mobiliers et sanctuaires dans les provinces romaines occidentales (fin Ier s. av. – Ve s. ap. J-C.).La place des productions manufacturées dans les espaces sacrés et dans les pratiques religieuses, Le Mans (F, Sarthe), les 3-5 juin 2015 ; ainsi que la proposition de la communication suivante avec S. Raux (Inrap) et C. Loiseau (Eveha) : Caractérisation des mobiliers offerts dans les sanctuaires publics du Grand-Ouest de la Gaule romaine.

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