La céramique de Bouto, du delta occidental du Nil et de Thébaïde (Égypte)

Dans le cadre de la Mission archéologique française de Bouto, qui opère dans le cadre de la concession de l’Institut archéologique allemand du Caire (DAIK), les recherches sur les relations interrégionales du site deltaïque de Bouto, de la fin de l’âge du fer au début de la période islamique, sont consacrées à la détermination des provenances et à la caractérisation des ateliers céramiques locaux.

Aux époques hellénistique et romaine, les relations interrégionales se lisent à la lumière de la culture matérielle et des échanges, relations rendues possibles par le réseau de communications qui fera l’objet d’une étude particulière. À deux moments de son histoire, à la période hellénistique et à l’époque impériale, l’industrie céramique est particulièrement prospère et innovante, sous l’influence probable des meilleures officines du monde grec puis du monde romain. Il faut sans doute envisager l’hypothèse d’un relais alexandrin dans la diffusion des formes et des techniques qui, dans le cas des fours à tubulures de Bouto, témoignent de transferts technologiques depuis l’Occident romain, encore que la piste orientale (région d’Antioche) ne soit pas totalement à exclure.

La diffusion de ces productions est en cours d’étude. Une recherche approfondie sur leurs lieux potentiels de réception doit être entreprise par des repérages de surface dans les villes du Delta (Thmouis/Mendès, Tanis) et par des recherches bibliographiques. En effet, l’industrie du parfum est largement concentrée dans l’Égypte septentrionale aux époques hellénistique et romaine pour le moins.

Inscrit dans une plus large perspective, le dossier des céramiques de Bouto alimente une partie de la thèse de doctorat d’A. Simony qui porte sur la production et la consommation de céramiques communes dans la partie occidentale du Delta, incluant Alexandrie, de la période romaine au début de la période Byzantine. Les travaux récents menés sur les ateliers de céramiques en Égypte ont permis la localisation de nombreux ateliers dans la vallée du Nil et dans le Delta notamment, en dehors même de Bouto. Sur la base de ces travaux, ces recherches doctorales visent donc à identifier et à caractériser les céramiques produites dans une région longtemps délaissée par la recherche archéologique. Il s’agit en effet de tenter de comprendre les mécanismes de fabrication, de consommation et de diffusion des productions céramiques à partir de l’étude du matériel recueilli en différents points du Delta occidental, sur les sites d’Alexandrie (chantiers du Diana et du Lux), Taposiris Magna, Buto/ Tell el Fara’in, Sais/ Sa el-Hagar et Kôm Abou Billou/Térénouthis.

L’objectif de ces travaux serait de permettre une meilleure identification de ces productions mais aussi de mesurer la dynamique de production à l’échelle régionale et mieux définir la place que tient le Delta occidental dans le réseau économique et artisanal de l’Égypte romaine. Ces recherches contribuent ainsi à l’apport de données supplémentaires sur les céramiques produites et diffusées dans de la partie occidentale du Delta du Nil du début l’époque romaine au début de la période byzantine.

Le premier volume de fouilles de la Mission française, portant sur les ateliers de potiers, a été remis au DAI (P. Ballet, Fr. Béguin, G. Lecuyot et A. Schmitt, avec la collaboration de D. Dixneuf, T. Herbich, V. Le Provost, M.-D. Nenna, K. et G. Şenol, Recherches sur les ateliers hellénistiques et romains de Bouto. Prospections et sondages (2001-2006), Archäologische Veröffentlichungen 110, Institut Archéologique allemand, Le Caire).

En Thébaïde, les recherches engagées sous forme de prospections sur le territoire urbain d’Antinoopolis, puissante métropole fondée par Hadrien au cœur du terroir égyptien (collaboration d’HeRMA à la mission italienne G. Vitelli, Florence), seront poursuivies par le biais de sondages à l’emplacement présumé de fours de potiers, et permettront de valider les observations effectuées à partir de l’analyse de surface. Antinoopolis est l’une des métropoles les plus dynamiques dans le domaine économique et commercial durant l’Antiquité tardive. Sa puissance de production a dépassé les frontières de la Thébaïde et de l’Égypte. À cette recherche, est associée Julie Marchand, doctorante, qui consacre sa thèse à l’étude de la transition byzantino-islamique, ce qui permettra d’étudier les phénomènes de continuité ou de rupture à la lumière de ce site majeur de Moyenne Égypte.

P. Ballet et M.-Cr. Guidotti, « Identificazione e analisi delle discariche domestiche e industrali della città di Antinoe », dans R. Pintaudi (dir.), Antinoupolis II, Florence, 2014, p. 165-221

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