Topographie mémorielle

Dans le sillage des recherches engagées sur la topographie mémorielle, l’équipe HeRMA s’est engagée dans le domaine de l’épistémologie et de la constitution des savoirs, par le biais des recherches archéologiques en Égypte et la naissance de l’égyptologie au XIXe siècle. Le point de départ de cette enquête, qui s’affichera résolument comme une topographie intellectuelle et historiographique, s’articule autour du champ exploratoire lié à la constitution des savoirs en France et en Europe, à partir de la topographie mémorielle de l’espace égyptien, et des liens entretenus – et très récemment réactualisés entre documents d’archives, l’espace muséal et la réactualisation, via l’archéologie, d’établissements majeurs de la vallée du Nil, dans une perspective que l’on pourrait intituler « mémoire et histoire des sites : de la fouille au musée ».

Les explorations de Frédéric Cailliaud, dont les relations avec les élites françaises ont été largement étudiées par Ph. Mainterot, dans le cadre d’une thèse de doctorat (publiée aux PUR en 2011) ; une exposition intitulée « Du haut de ces pyramides… L’Expédition d’Égypte et la naissance de l’égyptologie (1798-1850) », (La Roche-sur-Yon, 2014) a permis a permis d’inscrire plus largement les relations entre les institutions politiques et scientifiques.

Pascale Ballet, dans le prolongement des notices qu’elle a rédigées pour le Dictionnaire des Historiens d’art de l’Inha (Emile Amélineau ; Georges Benédite, notices en ligne), a participé à la réalisation de deux catalogues sur l’histoire de l’archéologie en Égypte à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, le premier sur Antinoopolis et les fouilles d’Albert Gayet, dont les objets sont aujourd’hui dispersés dans plus d’une dizaine de musées de régions, ouvrage coordonné par Y. Lintz, Conservateur en chef du Patrimoine, alors chargée du service de Récolement des dépôts au musée du Louvre, et M. Coudert, Collaboratrice scientifique au musée du Louvre  (P. Ballet et L. Mész, « Figurines en terre cuite », dans Y. Lintz et M. Coudert (dir.), Antinoé. Momies, textiles, céramiques et autres antiques, Paris, 2013, p. 378-397). Le second concerne les fouilles d’Éléphantine, la porte de l’Afrique, menées par  Clermont-Ganneau et Jean Clédat au début du XXe siècle (P. Ballet et Chr. Lyon-Caen, « Les objets de terre », dans É. Delange (dir.), Les fouilles françaises à Eléphantine (1906-1911). Les archives de Clermont-Ganneau et de Clédat, Mémoires de l’Académie des Inscriptions et des Belles-Lettres 46, 2012, p. 343-373). Portant cette fois-ci sur une relecture de la tombe dite  de la « Prophétesse » dont la momie et le mobilier sont conservés au musée de Grenoble, P. Ballet a pu préciser ses conclusions préliminaires grâce aux fouilles récentes menées sur le site (P. Ballet, « Le matériel céramique », dans Le luth dans l’Égypte byzantine. La tombe de la « Prophétesse » d’Antinoé au musée de Grenoble, Fl. Calament, R. Eichmann &  Chr. Vendries (éd.), Orient Archäologie, Studien zur Musikarchäologie VIII, Deutsches Archäologisches Institut – Orient Abteilung, Berlin, 2012, p. 32-44). Il est désormais assuré, depuis 2013 donc, après la publication de cet ouvrage que le groupe des vases à décor peint de la tombe de la « Prophétesse »  est bien daté du IIe siècle apr. J.-C., grâce aux travaux menés par l’Istituto di Papirologia G. Vitelli (Florence) sous la direction de R. Pintaudi, avec la collaboration, pour la fouille des tombes d’époque impériale, de J. Heidel (OIC/Antinoupolis Foundation). Ces différentes entreprises montrent l’importance du nécessaire dialogue entre fouilles et patrimoine muséal – en France en particulier pour les deux dossiers qui concernent des sites majeurs de l’Égypte gréco-romaine et byzantine.

L’extension du thème à d’autres acteurs de la vie intellectuelle et à d’autres zones géographiques sera menée de concert avec les historiens d’HeRMA (redécouverte du Péloponnèse) et les historiens d’art modernistes et contemporanéistes du département et du laboratoire CRIHAM (équipe « transferts ») et de l’Inha (Invisu, USR 3103).

Cette thématique, pilotée par P. Ballet et Y. Lafond, permettra l’exploitation de nombreuses sources inconnues jusqu’à présent, constituées d’archives inédites (journaux de voyage, croquis, planches d’illustrations) et de collections muséographiques non publiées. L’ensemble de ces documents constituera ainsi le principal support concernant l’étude du regard des Européens sur la civilisation pharaonique et la naissance de l’égyptologie au cours du XIXe siècle. Une exposition consacrée à la redécouverte de la civilisation pharaonique est en cours de réalisation au musée Dobrée de Nantes, prévue pour l’été 2014. Il s’agit d’une première étape de mise en valeur des collections patrimoniales méditerranéennes conservées dans ce musée incluant à la fois des expositions, des publications et des colloques (Ph. Mainterot).

Après avoir traité les modalités de l’exploration architecturale menée au xixe siècle en Morée et en Algérie (A. Blouet, A. Ravoisié, E. Duthoit), Nabila Oulebsir s’intéresse à la construction des savoirs archéologiques (notamment à la chaire d’histoire et d’antiquités de l’Afrique dirigée successivement par S. Gsell, J. Carcopino, E. Albertini) et à la formation des savoirs artistiques (J. Alazard, G. Marçais) dans une approche croisée transnationale, franco-allemande et franco-britannique.

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