Objets en contexte d’utilisation : échanges et modes de consommation

Coordination : S. Lemaître

Membres Herma : M.-C. Arqué (doctorante), P. Ballet, I. Bertrand, J. Bidault (doctorante), L. Capdetrey, N. Dieudonné-Glad, M. Durquéty (doctorant), M. Evina (doctorante), D. Kassab-Tezgör, S. Lemaître, V . Le Quellec, P. Maguer, G. Saint-Didier (doctorant), Fl. Sarreste, D. Simon-Hiernard, G. Tendron, J.-L. Tilhard.

Partenariats : ANR Oasis ; ANR Syrie du nord ; ANR programme franco-allemand Basses vallée du Xanthe (Turquie) ; INRAP Grand-Sud-Ouest ; Mission belge Apamée de Syrie (Université Libre de Bruxelles) ; Musée du Louvre, mission Mouweis au Soudan ; UMR 5138 Archéométrie et archéologie, MOM Lyon 2 ; UMR 5140, Archéologie des Sociétés méditerranéennes ; UMR 5060, Bordeaux 1 ; Université d’Artois, Valenciennes ; Université de médecine vétérinaire de Vienne, Autriche.

La question du commerce et des échanges constituera encore un des volets importants de l’axe 3 du programme quadriennal 2012-2015. Il s’agit en fait de la suite logique de l’étude des productions artisanales abordée dans le sous-axe 1. La plupart du temps, les deux aspects sont étroitement liés et l’étude des productions d’un atelier n’a de sens que si elle est suivie par l’appréciation du rayonnement de cette unité de production en analysant, d’un point de vue spatial, la diffusion des artefacts. Différents matériaux sont concernés : céramiques, métal (fer et alliages cuivreux) et matière dure animale.
La démarche intègre de manière implicite la notion de contextes de découvertes, fil rouge de l’axe 3 du programme quadriennal à venir. En effet, la prise en considération de la nature variée des contextes archéologiques dans lesquels les objets ont été mis au jour apparaît aujourd’hui fondamentale pour affiner notre grille de lecture des modes de vie des anciens. L’organisation par HeRMA (P. Ballet, N. Dieudonné-Glad et S. Lemaître) en 2009-2010 de séminaires de recherche de Master 2 centrés sur l’objet en contexte artisanal, commercial, rituel, de crise ou d’habitat a conduit à mieux définir les approches qui seront traitées dans l’axe 3 (sous-axes 1 et 2).

L’étude des ateliers et de leurs productions constitue le cadre privilégié de l’approche des objets en contexte artisanal traité dans le sous-axe 1. La découverte d’objets en contexte commercial ou lorsqu’ils se trouvent encore sur la route des échanges est par définition beaucoup plus exceptionnelle (épave, dépotoir de port antique). De manière plus générale, les réflexions à propos des processus et modalités de commercialisation seront poursuivies dans les prochaines années au sein de l’espace méditerranéen en particulier entre Orient et Occident.

La participation de S. Lemaître au Programme Collectif de Recherche Les ports antiques de Narbonne dirigé par C. Sanchez (CNRS, UMR 5140 Montpellier) consiste, pour une durée de quatre ans, en l’enregistrement systématique des milliers d’amphores mises au jour sur le site de Port-la-Nautique aujourd’hui conservées au dépôt archéologique municipal de la ville de Narbonne et accessibles pour la première fois depuis de nombreuses années. Une première mission réalisée en juillet 2009 a permis la mise en place d’un protocole d’étude visant à définir le faciès des importations méditerranéennes arrivant dans le port de Narbonne durant le Haut-Empire. Des conteneurs jusqu’alors inconnu in situ, en particulier des amphores levantines ont déjà pu être identifiés.

Plus au nord, dans la ville de Reims antique, la fouille en 2009 par l’INRAP sous la direction de Ph. Rollet a permis d’approcher la zone portuaire. Celle-ci a livré un mobilier amphorique abondant dont l’étude en cours devrait fournir des éléments de comparaison avec celles recueillies par S. Lemaître à l’occasion de sa participation au PCR Les céramiques de la ville de Reims, de César à Clovis dirigé par X. Deru (Halma, Lille 3).

En mer Noire les travaux amorcés par S. Lemaître et D. Kassab-Tezgör dans les collections des musées turcs de Sinop, Samsun, Giresun, Trabzon (Programme dirigé par D. Kassab, Université de Bilkent, Ankara, Turquie) devraient faire l’objet de publications mettant l’accent sur les relations entre la côte sud de la mer Noire et l’espace méditerranéen grâce à l’identification des centaines d’amphores qui composent les collections des musées précités. Une nouvelle collaboration initiée avec Cl. Barat (Université d’Artois), spécialiste de l’histoire de la cité de Sinope devrait aboutir à des participations à des colloques scientifiques et diverses publications (article à propos de l’économie de Sinop dans Ancient Civilizations from Scythia to Siberia).

Sur les sites de consommation, les amphores sont elles aussi des vecteurs privilégiés de notre connaissance de l’économie antique, par la détermination de leurs origines et des produits qu’elles transportaient. Elles permettent de retracer les routes des échanges et le rayonnement de certaines régions. Enfin, l’étude de leur contenu associé à la définition du reste des mobiliers (répertoire céramique, intsrumentum) permet d’approcher les pratiques alimentaires des anciens et surtout, sur une échelle chronologique étendue, de saisir l’évolution des comportements alimentaires. Ces réflexions, menées depuis plusieurs années sur des corpus différents en Orient (Beyrouth et Lycie antique) et en Occident (Gaule romaine, Lyon, Narbonne, Poitiers, Reims, Troyes) seront étendues à de nouvelles aires géographiques : Egypte, Espagne (Baelo Claudia, Cf. Axe 2).

En Égypte, à Bouto, les importations d’amphores constituent également un autre volet susceptible de traduire le maillage économique qui se développe autour du site du début de la période hellénistique à l’époque byzantine. Les importations traduisent d’un côté un approvisionnement régional, constitué en partie des conteneurs vinaires de la Maréotide, et de régions extérieures à l’Égypte, de l’autre l’arrivée de produits en provenance de la Méditerranée orientale à la période hellénistique, d’origines plus diversifiées à l’époque impériale et byzantine (Turquie, Chypre, Occident romain dont la Tripolitaine). De récentes données issues des campagnes 2009-2010 permettent d’aborder une nouvelle séquence chronologique, que l’on peut actuellement situer entre la Seconde Domination Perse et la prise de pouvoir lagide, marquée par une présence massive d’amphores égéennes, la part des conteneurs levantins étant relativement réduite. Par ailleurs, un phénomène d’imitation par les producteurs égyptiens est à noter, en ce qui concerne tant les conteneurs égéens que levantins.

Les relations entre la Lycie et Chypre aux époques romaine et romaine tardive (Ier s. av. J.-C. / VIIe s. ap. J.-C.) feront également l’objet d’une analyse détaillée dans le cadre de Xanthiaca (soutenu par l’ANR). Des liens étroits, d’ordre économique, mais aussi politiques et culturels semblent avoir existé entre ces deux entités géographiques à différentes périodes, dont les textes antiques, aussi bien que les vestiges archéologiques mobiliers se font d’ailleurs l’écho. Plus précisément, les études archéologiques ont montré une communauté de répertoire entre les productions chypriotes et les poteries utilisées par les Lyciens. Une des questions que nous nous proposons de résoudre est de déterminer la part des céramiques importées réellement de Chypre et celle produites localement, c’est-à-dire que les potiers lyciens ont imitées. Dans ce but, des analyses chimiques et minéralogiques sont prévues sur différentes catégories de mobiliers céramiques : céramiques de cuisine, amphores et vaisselle de table. Au sein du programme, l’approche archéologique de ces différentes questions sera supervisée par S. Lemaître qui traitera plus spécifiquement des amphores, tandis que les autres catégories céramiques seront abordées dans le cadre de recherchez doctorales (Cf. Axe 3, sous-axe 1).

La faisabilité du programme proposé tient à la fois à l’existence d’un groupe de chercheurs habitués à travailler ensemble, notamment dans le cadre du projet Euploia 2007-2009 (soutenu par l’ANR) et dont les travaux ont fait l’objet de publications et à leur intégration à l’équipe de la Mission archéologique française de Xanthos-Létôon (soutien Ministère des Affaires Etrangères français) depuis plusieurs années. La mise en place de ce type de projet, en particulier la collecte d’échantillons pour analyse, nécessite bien sûr des collaborations en Turquie. Celles-ci sont déjà mises en place notamment avec l’équipe turque de Patara et l’Université d’Antalya. Ajoutons que l’existence de programmes scientifiques antérieurs et d’une base de données déjà constituée favoriseront un démarrage précoce des travaux.

L’étude des mobiliers archéologiques en contexte de consommation, qu’ils soient à caractère civil ou sacré fournit des clés indispensables à la compréhension des modalités de fonctionnement des sociétés anciennes touchant des domaines aussi divers que les manières d’habiter, les pratiques alimentaires ou encore l’exercice de la piété.

Dans le cadre de l’ANR Oasis (Université de Limoges), une étude paléométallurgique (N. Dieudonné-Glad) sera couplée à une approche céramologique (P. Ballet) initiée en janvier 2010 sur le territoire de Deir (oasis de Kharga). Elle se déploiera selon trois orientations : définir les produits témoignant d’échanges entre le site de Deir et son terroir, mais aussi avec les régions limitrophes ou plus lointaines ; évaluer la place de l’établissement dans l’exploitation des pistes du désert occidental ; déterminer ses liens avec la vallée du Nil et le Soudan, aux époques ptolémaïque et romaine. Les prospections menées sur le territoire de Deir montrent en particulier tout l’intérêt, en milieu semi-désertique, d’une enquête spatiale de type extensif, dans la mesure où les occupations ont connu un développement « horizontal » et non « vertical ». Pour cerner la chronologie des différents sites, la mise en place d’une typologie céramique est indispensable. L’équipe HeRMA interviendra donc activement dans ce projet sur le terrain et par la formation des étudiants.

Dans plusieurs régions de l’Empire romain, les ateliers de production métallurgique sont largement méconnus. Une approche possible de l’artisanat du fer passe par l’étude de la production à travers les objets mis au jour. Cette approche, typologique et technologique permet d’aborder la question des quantités de métal consommées mais aussi des savoir-faire des artisans travaillant à l’élaboration des produits finis. C’est cette approche que nous privilégierons pour l’ensemble de l’espace oriental de la méditerranée dans le cadre de l’ANR Syrie du nord. Dans certains cas, comme sur le site d’El Deir (oasis de Kharga, ANR Oasis), la détection d’un possible atelier de forge dans le cadre d’un fort militaire romain, dont la fouille est prévue en 2012, permettra d’aborder les savoir-faire artisanaux dans le cadre d’une unité militaire romaine géographiquement très excentrée dans une région de faible tradition métallurgique.

Plusieurs études d’ensembles mobiliers provenant de sites du Centre-Ouest de la Gaule permettent de proposer un tableau des activités représentées par les objets en métal (alliage cuivreux), en matière dure animale et en matériaux précieux ou rares (ambre, lignites) dans différents contextes. Entre 2011 et 2015, d’autres travaux vont abonder les données, par exemple l’étude des mobiliers du sanctuaire du Gué-de-Sciaux (Antigny, Vienne) (publication prévue sous la direction d’I. Bertrand), de certains sites de la façade atlantique dont Barzan (Ch.-Maritime) dans le cadre du PCR « Le littoral entre Loire et Gironde de la protohistoire à la fin de l’Antiquité, exploitations, échanges » dirigé par Laurence Tranoy (université de La Rochelle), ainsi que l’étude du mobilier de l’agglomération de Rom (Deux-Sèvres), de celui du sanctuaire de La Chapelle Saint-Siméon à Jau-Dignac-et-Loirac (Gironde), de Drevant (Cher), de l’agglomération portuaire de Rezé (Pays-de-Loire), etc. L’objectif est d’obtenir une vision analytique de l’environnement matériel d’une zone géographique (cité, partie d’une province), de proposer des comparaisons entre les produits consommés par matériaux, par domaines fonctionnels, selon les différents contextes et époques, et d’évaluer les modes de consommation – ce tout en tenant compte de l’hétérogénéité des sources.

Les sanctuaires constituent des espaces particuliers régis par des règles de consommation en accord avec les pratiques rituelles, du moins le sait-on en contexte grec. La prise en considération de la taphonomie des mobiliers aux seins des espaces sacrés (caractère entier ou fragmentaire, isolé ou regroupé, nature : céramiques, ossements animaux, restes végétaux, objets divers) autorise une approche archéologique des gestes accomplis lors des cérémonies religieuses, à confronter le cas échéant avec les données textuelles. Plus généralement, l’étude de ces mobiliers autorise une approche plus générale de l’économie des espaces sacrés, touchant au rayonnement des sites par la géographie de leur approvisionnement et aux pratiques alimentaires qui y avaient lieu. L’intervention de plusieurs membres de l’équipe HeRMA dans le cadre historique ou archéologique des sanctuaires protohistoriques et antiques en Méditerranée orientale et en Occident permet de proposer une approche comparative des pratiques liées aux espaces sacrés (Létôon de Xanthos en Lycie, sanctuaire protohistorique de Bessines (Deux-Sèvres), sanctuaire d’Antigny (Vienne)…).

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