Étude des secteurs domestiques des villes et villages de la chôra égyptienne

Dans la suite d’une thèse sur l’archéologie et l’architecture de l’habitat de l’Égypte à l’époque gréco-romaine, soutenue en mai 2010, les travaux de G. Marouard sont orientés vers  l’étude des secteurs domestiques des villes et villages de la chôra, en élargissant le champ des recherches à la Basse Époque (dès le VIe s. av. J.-C.)

 

Afin de reconstituer un peu plus fidèlement les grandes caractéristiques de cette partie largement méconnue de la ville égyptienne tardive, l’approche repose sur une analyse des formes et de la configuration spatiale de l’habitat et sur l’évolution du parcellaire des quartiers domestiques, en particulier ses relations avec la trame viaire, les axes monumentaux ou les installations civiles, administratives ou religieuses qui ponctuent mais coordonnent l’organisation générale du paysage urbain. Outre l’appui apporté par les nombreuses données archéologiques, géomagnétiques, voire iconographiques, l’utilisation de reconstructions 3D est envisagée afin de mieux cerner les problématiques complexes liées aux matériaux – terre crue – et aux techniques qui  régissent cette architecture vernaculaire.

 

L’enquête porte sur plusieurs sites importants de la vallée du Nil et du Delta : Edfou et Dendara pour le sud de l’Égypte ou Philadelphie pour les régions du Fayoum, déjà largement privilégiées au début de cette étude. Le Delta constitue à présent le secteur à investir en priorité en raison de la multiplication des données archéologiques et des prospections géomagnétiques qui ont révélé récemment de vastes surfaces urbanisées pour les périodes étudiées, à Tanis, Tell el-Balamun ou Tell el-Dabʽa. Les enquêtes conduites à l’aide de photos satellites ont aussi permis de nouvelles découvertes, telle l’installation portuaire du Kom eL-Dahab qui couvre plus de 40 hectares sur une île isolée du lac Menzala dans le Delta oriental (G. Marouard, « Kom el-Dahab interpreted », Egyptian Archaeology 45, 2014, p. 25-27).

À Bouto plus particulièrement, les approches archéologiques et géophysiques conduites sur l’agglomération entre la Basse Époque (vie s. av. J.-C.) et le début de l’époque islamique (fin du Ier millénaire apr. J.-C.) permettent, au sein des quartiers civils et des espaces artisanaux, de mieux cerner le fait domestique, son organisation, son évolution planimétrique et son intégration au réseau urbain où l’interface entre les sphères publique et privée demeure mouvante. Fortement influencés par la topographie et l’environnement hydrographique propre aux tells du Delta, les secteurs résidentiels présentent ainsi un semi dense et complexe d’habitations, presque exclusivement des maisons-tours à plusieurs étages qui gagnaient dans la verticalité ce qu’une pression urbaine trop soutenue leur imposait au sol. Ce phénomène, révélé pour la première fois à Bouto au début des années 2000, se vérifie depuis peu sur la majorité des autres sites du Delta essentiellement pour la Basse Époque et les périodes hellénistique et romaine. Des opérations de nettoyages extensifs et de fouilles fines ont permis de mieux préciser la nature des niveaux archéologiques généralement conservés, des caves et des silos de sous-sols qui ont piégé un mobilier riche et de qualité, qui révèle tant les croyances ou les habitudes de consommation de leurs occupants et que leurs relations économiques à l’échelle du territoire régional ou élargies à la sphère alexandrine ou même à la Méditerranée orientale. Une première synthèse sur ces travaux vient de paraître, G. Marouard, « Maisons-tours et organisation des quartiers domestiques dans les agglomérations du Delta: l’exemple de Bouto de la Basse Époque aux premiers lagides », Les maisons-tours en Égypte durant la Basse Époque, les périodes ptolémaïque et romaine, Paris 4 Sorbonne, décembre 2012, NeHet 2, 2014, p. 105-133.

Recherche

Menu principal

Haut de page