Journée d’études : Le bruit et l’odeur. Imaginaire et réalité des nuisances de l’artisanat antique.

L’objectif de cette journée d’études est d’encourager un dialogue entre deux disciplines qui trop souvent se croisent sans se rencontrer : l’archéologie et l’histoire des sens. Alors que cette dernière s’impose comme une tendance importante de l’historiographie mondiale, elle peine encore à faire taire des détracteurs la jugeant trop éloignée des sources et des realia, trop théorique, désincarnée. L’apport de l’archéologie peut alors s’avérer décisif, permettant d’ancrer dans la matérialité des vestiges et des techniques une approche fondée uniquement sur des sources écrites. Bien qu’ils soient probablement les mieux placés de tous les historiens pour réaliser cette jonction méthodologique, habitués qu’ils sont à la nécessaire prise en compte des résultats de l’archéologie, les antiquisants ne se sont que bien peu emparés de la problématique des sens.

 

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La thématique retenue est propice à un tel dialogue transdisciplinaire. L’artisanat antique, permettant des approches variées d’histoire des techniques, d’archéologie ou encore d’histoire sociale, bénéficie d’une longue tradition d’études. Dans le cadre de cette rencontre nous proposons toutefois de décentrer le regard, en ne le portant pas sur le produit de l’artisanat, pris au sens large, ni sur le geste productif, mais sur les effets induits par ce dernier. Le bruit, l’aspect, l’odeur de l’artisanat, bien qu’appartenant pleinement à la dynamique de production, sont moins souvent pris en compte, tant par les historiens que par les archéologues. Qu’en était-il de leur perception par les Anciens ? Les sons de la forge ou les odeurs des tanneries, qui peuvent être des objets d’étude pour les archéologues, apparaissent-ils dans les sources écrites ? Donnaient-ils lieu à des perceptions négatives de la part des Anciens ? En d’autres termes, peut-on parler de pollutions artisanales ou de nuisances de l’artisanat pour la période antique ?

 

Il sera question de lancer des pistes de réflexion sur la question des seuils de tolérance et de leurs évolutions : quand un son, une odeur ou une perception tactile se transformaient-ils en sensations désagréables pour les hommes et les femmes de l’Antiquité ? La relativité, culturelle et chronologique, de l’interprétation des phénomènes perceptifs, largement démontrée par les anthropologues des sens, trouvera ici un terrain d’enquête novateur.

 

La rencontre est organisée conjointement par A. Vincent (HERMA, Poitiers) et E. Botte (CCJ, Aix­‑en‑Provence).

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